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La méthode

Nos propres prévisions

Les heures et les hauteurs d’eau portées par chaque affiche sont des prévisions — comme toute marée annoncée, elles se calculent longtemps à l’avance. Voici comment, et avec quelle précision.

La marée se calcule

La marée n’a rien du hasard. Elle naît de l’attraction de la Lune et du Soleil, selon des cycles d’une grande régularité. En observant la mer monter et descendre en un lieu pendant des mois, on en extrait une « signature » : un jeu d’ondes — les composantes harmoniques — propres à ce port. Additionnées, ces ondes rejouent la marée passée, et prolongent la courbe vers l’avenir.

C’est le principe de l’analyse harmonique, employé partout dans le monde depuis le XIXe siècle. Rien d’ésotérique : de la mesure, et de la trigonométrie patiente.

Trois courbes : l’onde M2 de la Lune, l’onde S2 du Soleil, et leur somme qui fait alterner vives-eaux et mortes-eaux sur quinze jours.
Les deux principales ondes de Saint-Malo, et leur somme. Quand elles s’alignent, les marées enflent — les vives-eaux ; quand elles s’opposent, elles s’assagissent. Tout le cycle de la corolle est déjà là.

D’où viennent nos chiffres

Nous partons des observations du réseau marégraphique public (RONIM / REFMAR), qui mesure le niveau de la mer en continu le long des côtes françaises et publie ses relevés sous Licence Ouverte. De ces enregistrements, port de référence par port de référence, nous tirons la signature harmonique locale — puis nous en déduisons les marées de l’année et leurs coefficients.

Au plus près de la référence

Une prévision ne vaut que confrontée. Nous comparons donc les nôtres, marée par marée sur une année entière, à la référence officielle du SHOM — celle de l’Annuaire. Sur les grandes marées, celles qu’on attend pour descendre sur l’estran, l’écart tient entre une et quatre minutes sur l’heure des pleines mers.

Quatre jours de marées à Saint-Malo en mars 2026 : les mesures du marégraphe en points gris se superposent à la courbe de notre prévision.
Quatre jours de vives-eaux d’équinoxe à Saint-Malo, en mars 2026 — une période que le calcul n’avait jamais vue. Douze mètres de marnage, et les points de la mer mesurée viennent se poser sur le trait de la prévision.
1 à 4 min
sur l’heure des pleines mers
3 à 9 cm
sur la hauteur en vives-eaux

343 pleines mers de vives-eaux par port, sur une année entière que le calcul n’avait jamais vue.

Port de référenceÉcart sur l’heureÉcart sur la hauteur
Le Conquet · Porspoder1,4 min2,8 cm
Concarneau · Port La Forêt1,8 min3,3 cm
Saint-Malo3,8 min9,0 cm
La Pallice · La Rochelle3,9 min5,5 cm

Les neuf centimètres de Saint-Malo ne sont pas une faiblesse, mais une affaire d’échelle : la mer y monte de douze mètres. Rapporté à ce marnage, c’est l’un des ports les plus fidèlement restitués de la série.

Car la précision se joue port par port. Elle dépend de la longueur et de la qualité des observations disponibles, et de la régularité de la marée locale. Un port de façade atlantique bien instrumenté, comme Le Conquet, se prête idéalement à l’exercice ; là où l’enregistrement est plus court, ou la marée remaniée par une ria, un estuaire ou des hauts-fonds, l’écart peut s’élargir — comme il peut, ailleurs, se resserrer. Nous le mesurons pour chaque port avant de publier.

À l’échelle d’une affiche murale, l’œil n’y voit que du feu — et c’est très largement assez pour lire, d’un regard, la respiration d’une année entière.

Le cas d’Arzon

Cinq de nos neuf villes manquent à ce tableau, et il vaut mieux dire pourquoi que les laisser passer inaperçues. À chaque fois, la raison tient au lieu ou à la nature de la mesure, jamais à la qualité du calcul.

Notre affiche d’Arzon repose sur le marégraphe du Crouesty, à huit cents mètres du bourg : le plus proche de nos neuf installations. Mais l’Annuaire, lui, ne publie pas de prévisions pour Le Crouesty. Son port de référence dans le secteur est Port-Navalo, deux kilomètres plus loin, posé sur l’entrée même du golfe du Morbihan.

Or ici, deux kilomètres changent tout. Le golfe est une petite mer intérieure dont le flot entier doit passer par un goulet de moins d’un kilomètre, où les courants comptent parmi les plus vifs de nos côtes. Le bassin met du temps à se remplir, et la marée n’arrive pas à la même heure de part et d’autre du passage : entre notre point de mesure et celui de l’Annuaire, nous relevons dix-sept minutes d’écart. C’est bien plus que la précision de nos calculs — et cela n’a rien à voir avec elle.

Confronter les deux ne mesurerait donc pas notre justesse, mais la distance entre deux endroits. Nous préférons dire clairement lequel l’affiche décrit : c’est écrit dans son pied de page, port de référence Le Crouesty. Et dans le golfe, plus on remonte vers Vannes ou Auray, plus l’heure dérive encore.

Les cas de Lorient, d’Ars-en-Ré et de Saint-Nazaire

Lorient est notre marégraphe le plus jeune : il n’enregistre que depuis 2021, et ses relevés n’y sont pas encore publiés sous la forme vérifiée que nous utilisons ailleurs. Nous avons donc travaillé sur la mesure brute, minute par minute, après en avoir écarté les valeurs aberrantes — un tri qui n’a retiré que six points sur cent mille : cet enregistrement-là est propre.

Faute d’un port d’annuaire à confronter dans ce secteur, nous avons vérifié Lorient autrement, et plus sévèrement : en comparant nos prévisions à la mer réellement observée, sur les sept premiers mois de 2026 — une période que le calcul n’avait jamais vue. Sur les grandes marées, nos pleines mers y tombent à six minutes de la mer réelle.

Ces six minutes ne se comparent pas aux une à quatre minutes du tableau plus haut, et c’est important : celles-ci mesurent un calcul contre un autre calcul, celles-là un calcul contre la mer. Or la vraie mer a de la météo. Une dépression, un coup de vent, et la pleine mer se décale de quelques minutes et de plusieurs dizaines de centimètres — cela, aucune prévision astronomique ne le sait à l’avance, pas même celle de l’Annuaire.

Ars-en-Ré relève du même cas que Lorient : là aussi nous sommes partis de la mesure brute, minute par minute — un tri n’en a écarté que trois points sur mille — et nous l’avons vérifiée contre la mer réellement observée, sur une année que le calcul n’avait jamais vue. Le clocher noir et blanc du bourg servait déjà d’amer aux marins entrant dans le Fier d’Ars ; c’est un pertuis peu profond, où la météo pèse un peu plus qu’ailleurs, et l’écart contre la vraie mer y est du même ordre — quelques minutes de plus que sur nos ports de façade, la respiration de l’année n’en bouge pas.

Saint-Nazaire relève de la même famille, mais avec une belle chance : son marégraphe compte parmi les plus anciens du réseau, et nous avons pu le vérifier contre une année entière de mer réellement observée. L’estuaire de la Loire est un large entonnoir peu profond, comme le Fier d’Ars, qui étale un peu le sommet de la pleine mer ; l’écart contre la vraie mer y reste de quelques minutes, et la respiration de l’année est d’une netteté qui compte parmi nos meilleures.

Le cas de Brest

Brest est un port à part : c’est là que se définit, depuis le XIXe siècle, le coefficient de marée français — la référence à laquelle toute la côte se rapporte. Nos prévisions y sont calculées à partir des observations de ce marégraphe historique, et les coefficients que porte l’affiche suivent de près ceux de l’Annuaire. Il était naturel que la ville qui donne l’étalon des marées figure, elle aussi, sur un mur.

Pour le plaisir des yeux, pas pour la navigation

Nos affiches sont faites pour être lues d’ensemble et accrochées au mur, pas pour préparer une sortie en mer. Pour naviguer, référez-vous toujours à l’Annuaire des marées et aux documents officiels du SHOM, seuls habilités à cet usage. C’est d’ailleurs pourquoi chaque affiche le rappelle, en toutes lettres, dans son pied de page.